INTRODUCTION GENERALE
Parler
de mondialisation, c’est évoquer l’emprise d’un système économique, le
capitalisme, sur l’espace mondial. Avec l’effondrement du bloc soviétique, on a
assisté à la disparition de l’un des obstacles les plus importants à
l’expansion de l’économie de marché. Dans les pays en voie de développement, la
pénétration de l’économie de marché est encouragée de façon systématique par
les institutions financières internationales, le Fonds Monétaire International
(F.M.I.) et la Banque Mondiale.
Placées en position de force par la
crise de la dette qui a frappé ces économies en développement au début des
années 80, ces institutions mettent toute leur puissance au service de la
réforme des politiques et des institutions économiques des pays débiteurs.
Cette réforme a pour objectif explicite de promouvoir la diffusion de la
logique de marché.
Mais, cette emprise universelle du
capitalisme ne se réduit pas au triomphe d’un bloc d’Etats sur un autre, ni
même d’un mode de production sur ses concurrents. Cette emprise tend en effet à
transcender la logique d’un système interétatique à laquelle elle substitue une
logique de réseaux transnationaux.
Expression de l’expansion spatiale
du capitalisme, la mondialisation est aussi et avant tout un processus de
contournement et de démantèlement des frontières physiques et réglementaires
qui font obstacles au développement des échanges internationaux. En ce sens,
l’économie mondiale n’est pas seulement l’économie internationale.
L’économie internationale est
respectueuse des souverainetés étatiques et mettait en rapport les parties
autonomes d’un tout non encore intégré, à travers des flux d’échange,
d’investissement et de crédit. L’économie internationale correspondait à une
phase spécifique de l’histoire du capitalisme, phase au cours de laquelle les
marchés nationaux sont largement protégés et régulés par les Etats.
L’économie mondiale traduit
une mutation plus qu’une continuité dans ce processus. Elle se caractérise par
une intégration croissante des marchés nationaux et un affaiblissement du rôle
économique et social des Etats. La mondialisation peut porter atteinte à
certaines prérogatives essentielles des Etats, notamment en matière de contrôle
monétaire et de la gestion des finances publiques, etc.
La mobilité des capitaux encourage
l’organisation de la production sur une base mondiale et concourt à la
mondialisation des normes de consommation. L’essor des échanges internationaux
serait le prolongement naturel de la croissance des économies nationales.
L’histoire économique serait l’histoire d’un mouvement progressif d’intégration
des marchés. L’expansion du commerce international traduirait l’extension du
principe de division du travail à l’échelle mondiale.
L’échange international est soumis
au jeu de deux principes : le principe de spécialisation et le principe de
concurrence. Le principe de spécialisation a fait l’objet d’apports théoriques
dans le cadre de l’école classique et néoclassique. Il est à l’origine du
concept de division internationale du travail.
La
théorie traditionnelle (classique et néoclassique) du commerce international
reposait sur des hypothèses comme l’immobilité des facteurs de production, de
concurrence pure et parfaite et de rendements constants ou décroissants. Cette
théorie traditionnelle se trouve aujourd’hui dans l’impossibilité d’expliquer
l’internationalisation du capital.
Nombreux
auteurs ont adopté, à partir des années 60, une approche empirique pour
expliquer les investissements directs à l’étranger. Plusieurs motivations ont
ainsi été mises en évidence qui justifient la décision de produire à l’étranger
plutôt que d’exporter. Le terme de multinationalisation visait à décrire
l’implantation des firmes sur plusieurs marchés nationaux.
Michaël
PORTER a fait une distinction essentielle en opposant les stratégies
multinationales pratiquées par les firmes multinationales des années 60 et les
stratégies globales développées plus récemment par certaines d’entre elles.
Les
stratégies multinationales consistent à produire sur plusieurs marchés
nationaux des biens adaptés à chaque marché. La production des filiales n’est
pas spécialisée ; chaque filiale est un centre de profit en soi qui
entretient des relations verticales avec la maison mère mais non avec les autres
filiales.
A
l’inverse, les stratégies globales visent à unifier la gamme des produits au
niveau mondial et à faire de chaque filiale une unité spécialisée dans la
fabrication d’un composant particulier du produit fini.
Selon
PORTER, l’entreprise est mondialisée lorsqu’elle organise ses opérations tout
au long de la chaîne allant de la RD, de l’innovation et du financement, en
passant par la production et la distribution, jusqu’aux ventes finales de façon
à maximiser sa rentabilité à l’échelle mondiale.
En
effet, le phénomène de mondialisation porte en lui les germes de la disparition
de la nationalité des firmes. L’ancienne firme multinationale, organisée de
façon pyramidale et contrôlée depuis son siège central, s’efface désormais
devant une structure mondiale en forme de réseau dans laquelle ce qui compte le
plus c’est la capacité à mobiliser et combiner les compétences (conseillers en
organisation, conseillers financiers, chercheurs, ingénieurs, informaticiens,
experts en marketing, etc.) de toutes nationalités en vue de réaliser des
projets complexes.
Malgré
le fait que la mondialisation est de nature à affecter le pouvoir régulateur
des Etats, l’instance nationale continue d’occuper une place essentielle dans
l’économie mondiale contemporaine. Cette influence persistante est due non
seulement à la solidité des liens forgés par l’histoire et la culture, mais
aussi à la puissance organisatrice et régulatrice des Etats.
Certes,
la mondialisation limite le rôle régulateur des Etats mais les politiques publiques
sont toujours indispensables pour assurer la mise en valeur des ressources
humaines (universités, centres de recherches) et pour favoriser un climat
d’affaires propice aux investissements (fiscalité, financement, foncier,
aménagement du territoire, etc.).
La
mondialisation ne doit pas être pensée comme un état mais comme un processus
susceptible de transcender et dépasser à terme la répartition mondiale actuelle
des richesses et la domination des flux d’échange par les trois pôles (USA,
Union Européenne et le Japon).
En
effet, les nations qui avaient espéré fonder leur développement sur une
meilleure valorisation de leurs ressources naturelles sans diversifier
leurs exportations font l’objet
aujourd’hui d’une marginalisation dans les relations économiques
internationales. Par contre, les nations qui sont parvenues à transformer leurs
spécialisations internationales et à prendre part dans les marchés mondiaux de
produits manufacturés constituent un pôle d’attraction puissant pour les
capitaux qui circulent librement à l’échelle du globe.
Ainsi,
aux rapports traditionnels de dépendance qui caractérisaient les relations
entre le Nord développé et le Sud sous-développé, se superposent désormais des
rapports de concurrence qui sont susceptibles de fragiliser toute nation
incapable de promouvoir la compétitivité à long terme de son économie
nationale.
C’est
avec le premier choc pétrolier que surgit la conscience d’une interdépendance
économique susceptible d’influencer les politiques économiques des Etats.
D’autres facteurs viendront accentuer cette conscience au cours des décennies
suivantes :
-
la crise de
la dette des économies en développement
-
le
retournement de la position financière des USA à l’égard du reste du monde
-
la crise du
système monétaire international
-
la crise des
économies asiatiques dans les années 90
-
l’affirmation
de la chine comme puissance économique majeure dans les années 2000
Le
premier choc pétrolier de 1973, comme le second choc pétrolier de 1979,
posaient en outre un redoutable problème à la politique économique des Etats
qui se trouvaient confrontés à la montée simultanée de l’inflation et du
chômage : cette combinaison de deux problèmes de façon simultanée
s’appelle la stagflation. L’impuissance des politiques keynésiennes à
lutter contre le chômage et l’inflation a suscité une révision complète des
fondements théoriques des politiques économiques.
Tout
au long des années 70, la demande d’importation des pays en développement
constitua le segment le plus dynamique de la demande mondiale, offrant aux
économies développées des débouchés en période de crise.
Le
dynamisme du système de crédit international avait permis de transférer
l’épargne excédentaire des pays exportateurs du pétrole vers les pays en
développement non producteurs de pétrole et ayant des besoins de liquidités
financières.
La
conjugaison de plusieurs facteurs externes, [comme la hausse des prix des
produits pétroliers et des taux d’intérêt, la récession mondiale et la baisse
des cours des matières premières], a entraîné une déstabilisation des balances
des paiements des pays endettés.
Les
pays endettés, incapables de rembourser leurs dettes à échéance, ont été
obligés de demander le rééchelonnement de leurs dettes auprès des banques et
Etats créanciers. Pour bénéficier du rééchelonnement de leurs dettes, les pays
débiteurs ont été contraints de mettre en œuvre des programmes d’ajustement
structurel, sous la supervision du FMI et de la Banque mondiale. Ces programmes
d’ajustement structurel vont influencer de façon grandiose les politiques
économiques des Etats débiteurs. Le but de ces programmes est d’ouvrir les
économies en développement endettés vers plus de libéralisation, notamment en
matière de commerce extérieur.
Le
Maroc, à l’instar de la plupart des pays en développement, a été obligé, pour
bénéficier du rééchelonnement de sa dette extérieure, de souscrire à un
programme d’ajustement structurel depuis 1983 dans le principal objectif est de
dégager des soldes commerciaux positifs (au niveau du commerce extérieur) lui
permettant de rembourser le service de la dette. En effet, si le PAS n’a
concerné pour le Maroc que la période 1983-1992, il faut dire que la même
politique économique a été toujours en vigueur après 1992, puisque le principal
souci de cette politique économique est le rétablissement des grands agrégats
macroéconomiques, dont notamment les équilibres des balances extérieures.
LES GRANDES TENDANCES DU COMMERCE INTERNATIONAL
La
croissance du commerce international a accompagné depuis le XIXe siècle celle
de la production. L’évolution du commerce international a été cyclique sous
l’effet des guerres ou de crises économiques. Tout au long de son évolution, ce
commerce international a connu des changements, voire des mutations, quant à la
nature des échanges et à ses acteurs. On est passé d’une mondialisation
internationale marquée par l’importance des flux commerciaux à travers les
importations et les exportations des biens, à une mondialisation globale où les
firmes multinationales sont déterminantes dans la structure des échanges
internationaux. Ces situations ne manquent d’affecter l’économie mondiale.
I/ L’essor du
commerce international au XIXe siècle
En
1913, l’économie mondiale paraît déjà fortement intégrée, avec une forte
ouverture des économies les unes envers les autres. Les économistes historiens
cherchent en fait l’origine de cette ouverture. Certains affirment que
l’émergence de l’économie mondiale date de 1492, année de la découverte des
Amériques par Christophe Colomb, et de 1498, année où Vasco de Gama mit fin au
monopole vénitien et arabe du commerce des épices. Cependant, les économistes
s’accordent pour dire que la première véritable mondialisation de l’économie
débute au XIXe siècle. La preuve de la mondialisation de l’économie se
concrétise alors par la convergence internationale des prix du transport et de
l’accélération de l’intensité des échanges internationaux.
En
moins de cent ans, de 1830 à 1913, le volume des échanges mondiaux est multiplié
par vingt, au lieu de trois le siècle précédent. En 1913, ce commerce
représente 33% de la production mondiale ; en 1800, il n’en représentait
que 3%.
A/ Croissance et structure du commerce international.
Croissance
des échanges
Tout au long du XIXe siècle, la
croissance du commerce est plus vive que celle de la production. Les économies
deviennent, de ce fait, beaucoup plus ouvertes sur l’extérieur. En 1913, les
exportations représentent pour les pays européens, 14% du PNB contre 5,5% en
1830 et 2 à3% au XVIIIe siècle. La valeur totale du commerce mondial
est estimée à 800 millions de livres sterling en 1850 ; à 8 milliards en
1913.
Avec son formidable essor, le
commerce international change de nature. Le commerce d’épices des siècles
précédents est remplacé par des échanges de matières premières de base et par
un début d’échange de produits industriels.
Structure
géographique des échanges
Durant ce XIXe siècle, l’Europe est
au cœur du commerce mondial : en 1850 elle réalise 70% de ce commerce. La
Grande-Bretagne en assure 20% à elle seule, suivie de la France et l’Allemagne.
Ces trois grandes puissances réalisent ensemble 40% des échanges mondiaux. De
ce fait, la structure des exportations de l’Europe est fortement dominée par
cette même zone, puisqu’elle assure 70% de ses propres débouchés.
Mais, progressivement, le rôle de
l’Europe s’affaiblit. Ce déclin est important après 1880 : la part de
l’Europe dans les échanges mondiaux revient aux alentours de 64%, celle de
l’Europe de l’Ouest à 50%. On assiste alors à une légère diversification des
destinations. L’Afrique et l’Asie représentant 13% des exportations européennes
au lieu de 6% en 1880. La fin du XIXe marque le déclin de la Grande-Bretagne
dans le commerce mondial. Sa part passe de 20% en 1850 à 14% en 1913. Durant
tout ce XIXe siècle, l’Amérique du Nord est le principal partenaire de
l’Europe. Les Etats-Unis sont alors les grands pourvoyeurs de coton de
l’Europe, le coton qui représente, en 1869, les deux tiers de ses exportations.
L’essor du commerce international
durant le XIX siècle trouve ses explications dans la conjugaison de certains
facteurs, notamment les révolutions technologiques, la croissance démographique
et une évolution au niveau des idées et des politiques.
B/ Les déterminants des échanges internationaux
Les
innovations
La première
révolution industrielle prend naissance en Grande-Bretagne au milieu du XVIIIe
siècle. Cette révolution industrielle constitue une rupture quant à la nature
du système économique puisqu’elle marque le passage d’un mode de production à
dominante agraire à un mode de production plus industriel.
Les innovations
techniques dans la filature et le tissage du coton ont fait progresser très
fortement la production de ce secteur. L’industrie du fer est également au cœur
de la révolution industrielle. Entre 1760 et 1788, la production de fonte
double ; au cours des vingt années suivantes elle quadruple.
Le XIXe siècle est
également marqué par des innovations dans les moyens de transport. La machine à
vapeur, le moteur à combustion, l’électricité, etc., sont autant de révolutions
qui transforment radicalement les moyens de communication nationaux et
internationaux. Les routes, les canaux et les chemins de fer connaissent une
expansion rapide. La marine marchande à vapeur remplace progressivement celle à
voile.
Les coûts de
transport
Grâce
à toutes ces innovations et à leurs applications dans les transports, les coûts
de transport s’effondrent. Le prix du fret maritime par exemple, diminue dans
des proportions de 7 à 1 au cours du XIXe siècle. Cette chute des coûts de
transport, associée à celle des coûts de fabrication, réduit les prix des
marchandises, facilite considérablement les échanges internationaux et permet
la convergence internationale des prix des marchandises.
La croissance
de la population
L’émergence
de l’économie internationale a été expliquée jusqu’ici en termes d’évolutions
techniques et technologiques dans la production et les transports. Mais ces
évolutions ne peuvent être dissociées de celles des hommes, de la croissance de
la population et de ses migrations.
Entre
1800 et 1920, la population européenne fait plus que tripler ; elle passe
de 144 millions d’individus à 486 millions. Son taux de croissance est plus
rapide que celui de la population d’Afrique ou d’Asie. En 1900, la population
européenne représente 26% de la population mondiale au lieu de 21% en
1800 ; celle de l’Amérique du Nord représente 5% de la population mondiale
au lieu de 0,7%. Les principaux facteurs explicatifs de cette croissance
résident dans la baisse de la mortalité, l’amélioration des conditions
sanitaires et du niveau de vie en général. Cette forte progression augmente les
besoins de consommation de la population.
Croissance
des investissements et du niveau de vie
La croissance
économique du XIXe siècle est la résultante des innovations et de la croissance
démographique, mais aussi de l’investissement. Entre 1830 et 1870,
l’accumulation du capital passe de 7% du PNB à 14%. Cette croissance résulte
d’investissements lourds d’équipement dans l’industrie textile, la sidérurgie,
mais aussi dans les chemins de fer, la marine marchande, etc.
Le XIXe siècle est
un siècle de forte croissance, comparé aux siècles précédents. Les taux de
croissance du produit national sont parfois supérieurs à 5%, avec des taux de
croissance par habitant allant jusqu’à 4%.
Les idées
libérales et l’ère du libre-échange
Les
idées libérales peuvent se retrouver dans un premier temps dans la théorie des
physiocrates (école de pensée française) qui réclament, au XVIIIe siècle, la
règle du laissez faire, laissez aller. En matière de pensée économique, cette
école physiocratique a succédé aux penseurs mercantilistes qui étaient de
fervents défenseurs de l’intervention de l’Etat en matière économique,
essentiellement pour favoriser l’entrée des devises et des métaux précieux et
interdire leur sortie. Les mercantilistes confondaient richesse et métaux
précieux (or et argent).
Les
physiocrates, pour qui seule l’agriculture est productive et que les autres
activités économiques sont stériles, recommande une réduction des interdictions
à l’exportation des produits agricoles. Les physiocrates défendaient un ordre
juste où l’Etat ne devait assurer que sa pérennité sans intervenir sur le plan économique.
L’Etat gendarme doit prendre la place à l’Etat interventionniste.
Ces
idées furent reprises par de grands auteurs comme Adam Smith dans son ouvrage
célèbre la Richesse des nations (1776) et David Ricardo dans son Traité sur
l’impôt (1817), lorsqu’ils construisent un cadre théorique rigoureux en mettant
en évidence la nature des spécialisations internationales et les gains mutuels
que l’échange pouvait apporter aux partenaires commerciaux.
Pour
Smith, la division du travail est nécessaire à la société et que les pays qui
possèdent un avantage absolu dans la production d’un bien doivent participer à
l’échange international en exportant ce produit et en important les biens où
ils manque d’avantages absolus. Pour sa part, Ricardo a montré que même en
l’absence d’un avantage absolu, un pays peut exporter un produit s’il possède
un avantage comparatif. Pour cela, il a donné l’exemple de l’échange du drap et
du vin entre la Grande-Bretagne et le Portugal.
Dans
les faits, on assiste progressivement à un démantèlement du protectionnisme. La
Grande-Bretagne constitue le foyer principal du libre-échange. En 1846, la
Chambre des Communes britannique abolit les lois sur le blé, prévoyant pour
1849 la complète application de cet acte. Le taux moyen des tarifs douaniers en
Grande-Bretagne est estimé à 60% à la fin des années 1820, puis à 31% à la fin
des années 1830. A la fin des années 1840, les barrières douanières de la
Grande-Bretagne sont estimées globalement à 5% sur les matières premières, 12%
sur les produits intermédiaires et 20% sur les produits finis. En Europe
continentale, l’Union douanière des Etats allemands et l’unification de
l’Italie contribuent à renforcer les options et les politiques de
libre-échange.
1880-1890 : le retour du protectionnisme
Tout
au long du XIXe siècle, la Grande-Bretagne continue sa politique d’ouverture
aux échanges internationaux (en particulier sous l’influence de l’économiste
Alfred Marshall), ainsi que la Hollande. Mais la majeure partie de l’Europe
continentale, du fait des guerres et des difficultés économiques qui s’en
suivent (guerre franco-allemande de 1870 et la grande dépression de 1873-1896),
replonge dans le protectionnisme.
La
fin des années 1880 et le début de la décennie 1890 sont ponctués par des
guerres tarifaires et des actions de représailles entre les pays. Au début du
XXe siècle, la moyenne des tarifs est approximativement la
suivante : Russie 28%, Etats-Unis 18,5%, France 9,8%, Allemagne 9,8% et
Autriche 7,5%.
Ces
éléments vont alors marquer le début des grandes évolutions du commerce
international au XXe siècle.
II/ Les
grandes évolutions du commerce international au XXe siècle
A/ Des évolutions cycliques (1913-1947/ 1947-1973)
Le
XXe siècle débute par une très forte contraction entre 1913 et 1950 : la
croissance du commerce, quasi nulle, est alors largement en dessous de celle de
la production. Puis intervient une période d’explosion du commerce mondial
entre 1947 et 1973. Cette deuxième phase est interrompue en 1973 du fait de la
crise du pétrole.
La
dislocation des échanges 1913-1947
La
première guerre mondiale et la crise économique de 1929 contribuent à la
désintégration du commerce international dans les années 1930. Par souci de
sauvegarde de leur propre économie, les pays adoptent des politiques de
restriction des importations. La généralisation du protectionnisme tarifaire
(la pratique des tarifs douaniers, comme par exemple la fait de taxer l’entrée
d’un produit à un taux de 70%) ou quantitatif (comme par exemple l’interdiction
totale d’importer un bien ou le fait de n’accepter qu’une quantité limitée de
ce bien) ne fait qu’aggraver la crise économique.
La
France est l’un des premiers pays à appliquer des mesures de restriction
quantitative à une grande échelle afin de combattre la récession. Elle est
suivie par un grand nombre d’autres pays. Ces pratiques protectionnistes
amènent alors des représailles de la part des partenaires qui ont vu se dresser
devant leurs produits des barrières protectionnistes. Ces pays ont été amenés à
entrer à leur tour à pratiquer des mesures protectionnistes, ce qui a entraîné
une forte diminution des échanges internationaux.
Les
conflits du début du XXe siècle et la crise économique marquent un nouveau
déclin du commerce mondial. En 1948, la part de l’Europe de l’Ouest dans le
commerce mondial est à son niveau le plus bas : elle n’en représente que
35%, au lieu de 60% en 1880. Ce déclin profite aux Etats-Unis qui a assuré 22%
du commerce mondial en 1948.
L’âge d’or de
la croissance des échanges internationaux (1948-1973)
A
l’inverse des années d’avant-guerre, la période 1948-1973 peut être considérée
comme celle de l’âge d’or de la croissance économique mondiale et du commerce
international. En France, l’économiste français Jean Fourastié a qualifié cette
période de forte croissance de la production et de l’échange par l’expression
« les trente glorieuses ».
Les
taux de croissance moyens de la production industrielle avoisinent les 6%
l’an ; le Japon connaît même des taux de croissance largement supérieure à
10%. La croissance du commerce international est en général de 4 points
supérieure à celle de la production.
Cette
situation de croissance exponentielle de la production et de l’échange
international permis à tous les pays développés d’assurer le plein emploi.
Plusieurs pays ont été contraints même de recourir à la main d’œuvre étrangère
pour faire face à une carence à niveau notamment dans certaines branches
d’activités, comme les secteurs du
bâtiment, de l’industrie automobile, l’agriculture, etc.
Il
faut souligner qu’après la période de ruine et de déclin du commerce
international, du fait des guerres et de la crise de 1929, les pays développés
vont s’efforcer de reconstruire leurs économies sur de bases solides à travers
la coopération et la coordination en matière économique. Ces pays ont trouvé
nécessaire de doter les relations économiques internationales d’une
organisation sur le plan institutionnel. Dans ce cadre plusieurs organisations
internationales vont voir le jour.
Lors
de la Conférence de Bretton-woods de 1944, il a été procédé à la création du
GATT, (l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), dont la
mission est d’établir les règles en vue de l’organisation et du développement
du commerce mondial, et le FMI (Fonds monétaire international), dont le rôle
est d’accorder des aides aux pays ayant un déficit au niveau de la balance des
paiements. D’autres organisations internationales et régionales ont été créées
pour assurer le développement du commerce international, comme la Banque
mondiale, l’organisation mondiale du tourisme ou la CNUCED (Conférence des
nations unies pour le commerce et le développement), qui concerne surtout les
pays en développement.
Chocs
pétroliers et rupture de la croissance
Le
début des années 70 a été marqué d’abord par la crise du dollar, en tant que
principale monnaie internationale, qui n’est plus convertible en or comme
auparavant. Mais c’est le premier choc pétrolier qui constitue un évènement
sans précédent dans l’histoire du commerce international. Ainsi, à la
mi-octobre 1973, l’ensemble des treize membres de l’OPEP (Organisation des pays
exportateurs de pétrole) s’accorde pour augmenter en même temps le prix du
pétrole brut de 70% ; en décembre 1973, intervient une nouvelle augmentation
de 130%. En quelques mois, le prix du baril de pétrole passe ainsi de 2 à 14
dollars.
Ce
choc aura un double effet de récession et d’inflation dans les pays
industrialisés, combinaison de deux maux appelée stagflation. Engendrant une
ponction importante de revenu des pays importateurs de pétrole, pour payer le
même volume de pétrole, la crise de 1973-1974 casse la croissance économique,
accentue la montée du chômage et engendre des déficits considérables des
balances des paiements. Provoquant une hausse des prix de l’énergie importée,
le choc pétrolier participe à l’accélération de l’inflation que connaissent
tous les pays développés.
Après
une période de relative stabilité du prix du pétrole, le second choc pétrolier,
lié au déclenchement de la guerre Iran-Irak, intervient en 1979. Il fait passer
le prix du pétrole de 12 à 35 dollars le baril. Entre 1978 et 1981, le prix
augmente de 167%. Ces deux crises pétrolières, associées à un dérèglement du
système monétaire international, à la recrudescence de la concurrence, liée à
l’émergence de nouveaux pays industriels, et à une montée des déséquilibres
macroéconomiques, contribuent largement à ralentir la croissance économique et
les échanges internationaux.
Après
une stagnation au début des années 1980, le commerce international allait
enregistrer une reprise et afficher une évolution quant à la nature des
produits échangés et les acteurs impliqués dans la production et l’échange. On
assiste de plus en plus à un passage d’une mondialisation internationale à une autre
forme de mondialisation, qualifiée de globale.
B/ Les traits caractéristiques de la mondialisation économique
contemporaine
A
la fin du XXe siècle, on a coutume d’indiquer que l’économie entre dans une
phase de mondialisation globale. Après la première mondialisation du XIXe
siècle, la mondialisation actuelle peut présenter des similitudes avec l’essor
du commerce international du XIXe siècle, notamment pour ce qui de l’indicateur
d’ouverture au commerce international (exportations + importation /PIB).
Toutefois, la mondialisation actuelle constitue, certes une continuité pour ce
qui du degré d’ouverture des économies, mais aussi une évolution radicale
(rupture) en matière de production et d’échange international. Ainsi, la
structure et la nature des échanges ont fortement évolué et changé. De plus, la
nouvelle phase de mondialisation est caractérisée par des évolutions
internationales qui dépassent le seul élément du commerce de marchandises.
Le
terme de mondialisation utilisé de nos jours désigne avant tout un processus
dynamique et multidimensionnel. Des ressources auparavant largement nationales
deviennent internationalement mobiles (capital, facteur travail notamment), et
les économies nationales sont de plus en plus interdépendantes. Cette mondialisation
concerne au mois cinq éléments de l’économie internationale :
1)
la
mondialisation des marchés des biens et des services
2)
la
mondialisation de la concurrence et l’apparition de nouveaux concurrents
étrangers,
3)
la
mondialisation de la technologie, avec une forte vitesse de propagation des
innovations,
4)
la
mondialisation des firmes et des industries, avec d’importants investissements
directs étrangers, des délocalisations, des accords de coopération et des
alliances internationales,
5)
enfin, la
mondialisation des marchés financiers, qui se traduit par une forte croissance
des investissements de portefeuille, et des déplacements massifs et instantanés
des capitaux à court terme. Cette mondialisation des marchés financiers s’est
renforcée par la libéralisation des mouvements de capitaux, la
déréglementation, la privatisation et l’ouverture de nouveaux marchés aux
échanges et aux investissements.
Les
technologies de l’information et de la communication (TIC) jouent aujourd’hui
un rôle crucial dans la compétitivité et la productivité des entreprises. Ces
technologies peuvent doper l’activité économique pour certains secteurs
fortement utilisateurs de ces technologies, comme les services (tourisme,
banque, transport, etc.).
III/
Multinationalisation des firmes et commerce international
A/ L’importance des investissements directs à l’étranger (IDE)
Le
commerce international est réalisé principalement par les firmes. Mais
celles-ci peuvent également s’implanter à l’étranger afin de mieux contrôler
leurs marchés extérieurs ou leurs sources d’approvisionnement. Elles peuvent
établir des succursales de vente, mais aussi des unités de production. Elles
deviennent multinationales et cette multinationalisation va agir sur les flux
d’échanges internationaux.
Définitions
Une
firme multinationale est une entreprise qui fabrique tout ou partie d’un
produit à l’étranger. La production à l’étranger est l’essence même de la
multinationalisation : elle nécessite l’établissement de filiales à
l’étranger.
La
multinationalisation est en général le résultat d’une stratégie mondiale de la
firme. La firme connaître plusieurs stades d’organisation et de stratégie. Il y
aura globalisation de sa stratégie lorsque tous les pays seront considérés
comme un seul et même marché où la firme interviendra simultanément.
Les
investissements directs à l’étranger sont des investissements effectués pour
créer une filiale ou avoir un certain contrôle sur une entreprise étrangère. La
notion de contrôle est définie à l’aide d’un pourcentage d’actifs de la firme
détenus par l’investisseur. Ce pourcentage était souvent différent selon les
statiques des pays. Aujourd’hui, le seuil de 10 % des actifs possédés par la
maison mère étrangère détermine le plus souvent le statut d’investissement
direct à l’étranger.
Ce
niveau de détention d’actifs permet de différencier, parmi les mouvements de
capitaux à long terme, les investissements de portefeuille des investissements
directs. Les premiers sont considérés comme des placements internationaux, les
seconds introduisent une notion de pouvoir de décision de l’investisseur sur
l’entreprise rachetée ou construite à l’étranger (filiale). L’IDE implique en
général, non seulement un transfert de fonds financiers, mais en même temps un
transfert de technologie et de capital humain (expertises et compétences des
cadres expatriés).
Les
données statistiques sur les IDE et en provenance de l’étranger sont
appréhendés au niveau de la balance des paiements qui est un document comptable
retraçant les relations commerciales et financières entre les résidents et le
reste du monde.
Progressivement,
la firme multinationale organise un réseau international, de conception, de
production, d’assemblage et de commercialisation de ses produits. Les relations
entre les filiales et la maison mère au niveau international donnent lieu à un
commerce international intra-firme. Les relations avec d’autres firmes
développent un commerce inter-firmes,
lié à l’approvisionnement en matières premières, à la fabrication de certaines
pièces, à l’assemblage ou bien à la commercialisation du produit final. Les
firmes multinationales sont ainsi au cœur d’un vaste réseau d’échanges
internationaux.
La
composition des IDE a changé fortement entre aujourd’hui et le début du XXe
siècle. En 1914, 55% du stock des IDE se trouvait dans le secteur primaire, 20%
dans les chemins de fer, 15% dans les produits manufacturés et seulement 10%
dans les services, la distribution et les banques. A la fin des années 1990, la
structure est très différente : pour l’union européenne, 63% des IDE se
situent dans les services, 31% dans les produits manufacturés, et seulement 6%
dans les produits primaires.
Depuis
la seconde moitié des années 1980, dans le processus de mondialisation, l’IDE
constitue l’élément le plus dynamique dans l’évolution de l’économie mondiale.
Entre 1985 et 1999, l’IDE des pays de l’OCDE a augmenté deux fois plus
rapidement que le commerce des biens et services. Les IDE restent toujours
fortement concentrés entre les pays développés. Toutefois, on assiste de plus
en plus à une régression des pays développés en raison de l’émergence de
nouveaux pays investisseurs, comme les pays d’Asie, et à l’apparition de
nouveaux pays d’accueil, principalement la chine.
Les
IDE dans les services ont crû plus vite que dans les autres secteurs. Leur part
dans le total du stock des IDE est passée de 45% en 1988 à 56% en 1998%.
L’accroissement de ces investissements est lié à la libéralisation progressive
des échanges internationaux dans les services (dans le cadre de l’OMC) et aux
investissements qui les accompagnent. C’est cette situation qui explique une
forte dématérialisation de l’économie et la place du capital immatériel dans la
croissance économique d’aujourd’hui. On est passé d’un stade où la richesse se
basait sur l’exploitation des ressources naturelles minières et agricoles à un
stade où ce sont les facteurs d’innovation, d’information et de services qui
favorisent le développement des firmes et des économies.
B/ Les principaux facteurs explicatifs de la multinationalisation
Depuis
la fin des années 50, la multinationalisation des firmes a donné lieu à une
immense littérature économique. Les explications avancées se répartissent pour
l’essentiel, en trois grandes rubriques :
1)
la première
classe d’explications met l’accent sur les imperfections des marchés, et sur
les avantages stratégiques possédés par les insiders sur les outsiders dans les
diverses zones nationales. Cette analyse correspond notamment à la phase où
l’internationalisation par l’exportation des produits plus ou moins
standardisés se heurte aux protections érigées par les pays importateurs, et
conduit à l’implantation d’unités de production dans les zones de marchés.
2)
Une deuxième
grande catégorie d’explications est centrée sur les avantages compétitifs qui
résultent pour la firme de l’internationalisation de nouvelles activités,
notamment grâce à la réduction des coûts de transaction. Ces explications
veulent rendre compte de la préférence donnée à la création d’unités étrangères
intégrées par rapport à la sous-traitance ou à l’établissement d’alliance avec
les firmes locales.
3)
Enfin, la
troisième explication est celle des avantages comparatifs des localisations, en
fonction notamment du coût des ressources. Cette explication domine dans les
thèses de la « division internationale du travail » des années 70,
qui constatent un mouvement important d’investissements vers les pays du Sud, à
faible coût du travail, pour des activités banalisées de fabrication.
Ces
diverses explications ne s’appliquent pas seulement à l’internationalisation
mais plus généralement à la multilocalisation, la frontière nationale n’étant
en définitive qu’une forme de segmentation des espaces. Il est clair que les
avantages stratégiques, compétitifs et comparatifs se combinent aujourd’hui
pour expliquer les raisons qui poussent les firmes à la multinationalisation.
En
effet, en plus de ces principaux facteurs explicatifs du phénomène de
multinationalisation des firmes, d’autres variables sont également prises en
compte comme le climat politique et de sécurité d’un pays (le risque pays), les
législations sociales nationales, la politique économique (fiscalité,
financement, recherche et innovations), l’organisation territoriale, etc.,
c’est-à-dire l’ensemble des éléments qui peuvent rendre le climat à
l’investissement plus ou moins propice.
Pour
comprendre les formes nouvelles de l’internationalisation, et plus généralement
de la multilocalisation, il faut insister sur deux aspects : le premier
est celui des modes de compétition, et en l’occurrence de la formidable montée
des modes de compétition axés sur la variété et la réactivité, caractéristique
des années 80. Le second est celui de l’organisation des firmes.
Les
processus de multilocalisation sont très variables selon les secteurs. En
particulier, ils diffèrent selon qu’il s’agit de produits relativement
standardisés, faisant l’objet d’un marché étendu, ou de produits destinés à des
usages spécifiques et variables.
Après
la phase de multinationalisation classique des années 60-70 – filiales
étrangères, produits encore relativement peu diversifiés, fort contrôle
financier du centre – les changements des années 80-90 procèdent d’un double
mouvement :
-
le premier
est l’exacerbation de la concurrence pour les débouchés, qui donne lieu à la
vague d’investissements croisés, dont le but premier est d’acquérir des
positions de marché, dans une course où la rapidité et les effets d’imitation
jouent un rôle essentiel. Cette intensification de la concurrence et
l’ouverture des économies nationales renforcent considérablement le degré
d’incertitude auquel sont confrontées les firmes, et la place des critères de
différenciation – qualité, variété, réactivité temporelle – dans la
compétition.
-
Le second
mouvement, est la diversification galopante des produits qui traduit le passage
d’une économie mondiale dominée par l’offre à une économie mondiale dominée par
la demande.
Le
résultat combiné de ces mouvements est que les grandes firmes doivent gérer non
seulement un ensemble souvent disparate d’unités et d’activités, mais des
exigences de variété et de réactivité qui sont hautement spécifiques aux
diverses zones. Des ensembles productifs sont alors confrontés à un degré de
complexité menaçant pour la compétitivité. La situation est d’autant plus
dangereuse que les technologies sont souvent faciles à imiter et que les
grandes firmes se trouvent affrontées sur un nombre croissant de marchés à des
concurrents locaux plus petits et de plus en plus compétitifs.
C’est
alors que la globalisation s’impose comme stratégie de maîtrise de cette
diversité, de coordination entre les segments juxtaposés de la
multilocalisation traditionnelle. Ainsi, stratégies de présence accrue sur les
marchés finaux, mutations des formes de concurrence, recherches de nouvelles
économies de dimension, tous ces facteurs permettent de valoriser la
multilocalisation tout en maîtrisant la diversité des produits et des marchés.
C/ Firmes multinationales et rôle des Etats-nations
Certains
auteurs pensent que tout cela pousse à l’effacement progressif des Etats,
inexorablement débordés par la puissance de la globalisation. Mais cette thèse
n’est pas totalement valide au regard de la pratique, car la tendance dominante
n’est pas celle d’un retrait des Etats mais d’une mutation de ses actions. On
assiste à une imbrication entre les structures étatiques et l’économie privée
même dans les régimes les plus libéraux. S’il y a désormais un consensus quasi
général sur les avantages et le caractère irréversible de l’économie ouverte,
des inquiétudes demeurent sur l’unité des politiques étatiques. D’un côté, les
Etats cherchent à garder un certain contrôle des flux, pour ne pas être réduits
au rôle de spectateurs de l’économie globalisé. Mais, d’un autre côté, la
méfiance entre les Etats et les firmes s’est fortement atténuée. Les grandes
firmes sont devenues, notamment dans les pays en développement, des partenaires
privilégiés qu’il s’agit à tout prix de séduire et de fixer.
Remise
en cause des politiques redistributives (protection sociale et droits sociaux),
limitation de la régulation macroéconomique, forte pression sur le niveau des
dépenses publiques (exigence de baisser les prélèvements obligatoires
constitués par les impôts et les cotisations sociales), mise en cause de la
capacité réglementaire des Etats, etc., tous ces facteurs font que la tension
est forte entre les Etats-nations et les agents privés mondialisés.
Les Etats-nations
et les politiques économiques sont-ils encore des cadres pertinents pour
influencer ou réguler les dynamiques économiques ?
A
ce sujet, deux conceptions s’opposent : la première, qui considère la
mondialisation comme un approfondissement de l’internationalisation, concilie à
la fois l’existence d’Etats-nations souverains et la réalité de leur
interdépendance. Pour cette approche, les Etats-nations restent des unités
d’analyse pertinentes, dotées de prérogatives irréductibles. La seconde
conception, qui considère la mondialisation comme une affirmation de la
globalisation, met l’accent sur l’affaiblissement des Etats par des pouvoirs
extérieurs liés au marché comme les firmes multinationales, mais également par
les organisations internationales, le crime organisé ou la société civile.
Certes,
la période actuelle est une période de crise. La globalisation remet en cause
le rôle des Etats dans la régulation macroéconomique. Celle-ci passait jadis
par la maîtrise par les Etats de leurs politiques économiques et sociales. La
globalisation financière a obligé à un abandon de cette stratégie. Mais pour l’instant aucun organisme n’a pris
le relais pour assurer à l’échelon mondial la régulation de l’activité
économique que prenait en charge jusque-là l’Etat au niveau national.
En
réalité, une grande confusion règne aujourd’hui quant aux objectifs et quant
aux moyens des politiques publiques nationales. Le champ des IDE est déterminé
par des stratégies industrielles et financières d’entreprises. C’est par
rapport à celles-ci que les politiques publiques seront conduites à s’adapter,
d’avantage qu’elles n’auront la possibilité de prendre des initiatives
indépendantes.
Le
grand problème est de savoir si les politiques économiques (industrielle,
monétaire, budgétaire, etc.) gardent leur pertinence et leur efficacité dans
une économie largement ouverte et globalisé. Ainsi, les grandes politiques
sectorielles enregistrent des mutations provoquées par la dissociation entre
l’espace des firmes et les espaces institutionnels publics.
Les
firmes multinationales veulent se protéger de la volonté des Etats. Lors de
négociations, comme celles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), de
l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI) ou de l’Accord général sur le
commerce des services (AGCS) ou même à Bruxelles, dans le cadre de l’Union
européenne, les firmes multinationales font pression pour limiter le droit des
Etats à introduire des normes pour l’environnement ou la protection du
consommateur, des mesures favorisant la culture nationale, etc. Le risque
paraît non négligeable que cette dynamique aboutisse à paralyser les Etats au
nom de la liberté du commerce.
On
observe un grand basculement des politiques de contrôle des IDE vers des
politiques d’ouverture. Ce basculement est particulièrement frappant dans de
nombreux pays en développement qui ont révisé dans un sens beaucoup plus
libéral leurs codes d’investissement. Nombreux pays en développement, dont le
Maroc, confrontés à de sérieux problèmes socioéconomiques, accordent, dans le
cadre de leurs codes des investissements, plusieurs avantages sur le plan
fiscal, financier et foncier et du transfert des bénéfices.
Ces
pays d’accueil cherchent à mieux tirer profit de l’impact positif des IDE pour
combler l’insuffisance de l’épargne et des ressources locales, réduire les taux
de chômage, entraîner des effets d’entraînement sur les autres secteurs
économiques, bénéficier des effets du transfert de technologie et de
l’expertise des cadres expatriés ainsi que la dynamisation territoriale.
Mais,
si les IDE peuvent avoir des effets bénéfiques sur les pays d’accueil, les
firmes multinationales ont aussi le pouvoir d’influencer les politiques
publiques des Etats de ces pays d’accueil dans un sens plus conformes à leurs
intérêts.
Traditionnellement,
l’économie sociale de marché sépare les activités marchandes d’un secteur non
marchand organisé par l’Etat (éducation, santé, culture, assurance maladie,
assurance retraite, etc.). Les firmes multinationales remettent en cause cette
dichotomie. Elles veulent rendre marchands les secteurs potentiels rentables
que gérait l’Etat-providence. Le risque est grand que se constituent ainsi des
sociétés à deux vitesses, avec des services privés pour les plus riches et des
services publics de mauvaise qualité pour les plus pauvres.
Le
fait que ces firmes ont le pouvoir d’arbitrer entre les destinations
d’implantation de leurs activités, elles poussent les systèmes économiques et
sociaux des Etats à entrer en concurrence dans le but de les attirer. Pour
cela, les Etats révisent leurs législations sociales dans un sens moins
contraignant pour le fonctionnement de ces firmes. Cette révision peut porter
atteinte à certains droits sociaux et rendre plus précaires les conditions du
travail.
D/ Ancrage ou nomadisme territorial des firmes multinationales
Les
raisonnements économiques traditionnels ignorent une dimension centrale qui est
celle de considérer les territoires comme une structure active et non pas
seulement comme un réceptacle ou un périmètre des activités.
Le monde émergent
de la globalisation est-il un monde indifférent aux ancrages territoriaux de
ses acteurs ?
Plusieurs
arguments sont avancés pour refuser l’idée d’indifférence territoriale et
montrer le rôle croissant des interactions territoriales dans la
compétitivité des firmes et des
économies. L’ancrage territorial des firmes n’est pas seulement une rigidité à
réduire et constitue, dans de nombreux cas, un atout crucial pour plusieurs
raisons.
Michaël
Porter développe ce thème à propos de l’ancrage des firmes. Il met en avant
quatre facteurs reliés entre eux (le losange de la compétitivité) :
1)
l’existence
d’une concurrence stimulante qui empêche les firmes de s’endormir ;
2)
l’existence
d’un marché suffisamment large et sophistiqué ;
3)
l’existence
de facteurs de production complexes et spécialisés (en particulier du point de
vue des compétences humaines et des infrastructures techniques) ;
4)
enfin, la
présence d’un tissu de relations denses entre les acteurs (fournisseurs,
clients, centres de recherche, etc.).
Ainsi,
la question d’une meilleure organisation territoriale est aujourd’hui plus
posée que les questions se rapportant au macroéconomique. Une organisation
territoriale idéale doit favoriser l’émergence de SPL (systèmes productifs
locaux) ou plus encore de Clusters.
La notion de SPL peut être définie
comme un ensemble caractérisé par la proximité d’unités productives au sens
large du terme (entreprises industrielles, de services, centres de recherche et
de formation, etc.) qui entretiennent entre elles des rapports d’intensité plus
ou moins forte. La densité des liens entretenus entre les unités de production
dépend avant tout de l’organisation et du fonctionnement du système de
production.
Le concept des clusters repose sur la proximité géographique et culturelle ainsi
que sur la complémentarité d’entreprises ou d’institutions partageant un même
domaine de compétence. Il prend souvent la forme d’une agglomération
d’entreprises partageant une activité similaire. Il va au-delà de la simple
recherche d’économies d’échelle entre entreprises concurrentes (mutualisation
des moyens de production), mais crée des synergies entre différents acteurs
(recherche, entreprise) qui suscite une croissance économique et joue un rôle
d’aiment en termes d’attractivité.
Les approches de clusters font avant tout référence aux
vertus du regroupement de différentes firmes au sein d’un même espace
géographique. La proximité géographique est souvent jugée souveraine, et
porteuse de bénéfices en termes de circulation de connaissances, de diffusion
d’une culture commune ou de constitution d’un capital humain ou social au sein
de l’aire considérée.
La caractéristique dominante de
l’époque actuelle est la mondialisation de l’économie et de la technologie,
dont les progrès des moyens de transport et de communication ne sont qu’une
condition nécessaire, mais qui bouleversent les modes d’organisation des
entreprises et des industries. Les territoires locaux jouent de plus en plus la
concurrence pour l’accueil des investissements productifs. Pour leur part, les
entreprises tendent à devenir de plus en plus nomades et sont amenés à
reconsidérer le bien-fondé de leur implantation en un site donné.
Ceci tient certes à des
considérations de coûts des facteurs de production en un lieu donné, mais aussi
et surtout à leur insertion dans une organisation industrielle globale intra
comme inter-sectorielle. Toute activité industrielle ou tertiaire procède à la
fois de l’exercice d’une activité de production, dont l’efficacité dépend des
conditions d’accès aux ressources (prix relatifs des facteurs et accessibilité)
et aux marchés, et d’une activité de création de ressources (gains de
productivité, technologie, innovation, …) qui vise à garantir la pérennité de
la première.
L’une et l’autre de ces deux
dimensions de l’activité industrielle ou tertiaire supposent, pour une entreprise
donnée, la mise en œuvre de ressources propres, mais aussi l’existence de
relations contractuelles et de marché (coûts de transaction) ou hors marché
(coopération) qui fondent une proximité organisationnelle, voire
institutionnelle.
Ainsi, l’organisation territoriale,
si elle se rapporte à priori à une proximité géographique, peut-elle générer
des effets de proximité organisationnelle et/ou institutionnelle qui suscitent
les interactions et la coopération entre unités situées dans une même proximité
géographique. Dès lors, cette conjonction de proximités fonde le territoire
comme espace pertinent de l’activité industrielle et d’innovation ouvrant la
voie à l’ancrage. C’est là que réside la notion de rencontre productive,
entendue comme un processus collectif de co-production de ressources. Si la
dynamique de l’innovation peut être considérée comme l’un des principaux
ferments du départ de la firme d’un territoire, elle peut aussi être considérée
a contrario comme l’un des principaux arguments pour y demeurer et y
approfondir son engagement.
La notion de rencontre productive
désigne ainsi la capacité émergente d’acteurs co-localisés à apporter des
solutions à certains problèmes productifs, voire à formuler et résoudre des
problèmes inédits. Elle prend place dans un cadre territorial, c’est-à-dire
mettant à profit des effets de proximité géographique. La rencontre productive
est génératrice d’indivisibilités dans le rapport firme-territoire et contribue
au processus de création de ressources. Elle est par conséquent le facteur
essentiel de l’ancrage au sens de la dynamique économique et de l’innovation.
La problématique du nomadisme et de
l’ancrage territorial des entreprises renvoie à une problématique d’ordre
territorial dans laquelle le territoire doit faire face à des options et des
choix en ce qui concerne les modalités de développement local, dont la
diversité exprime des degrés plus ou moins avérés de construction territoriale.
Cette nécessité de dépasser un niveau de passivité du territoire, pur
réceptacle des activités économiques en vue d’un rôle plus actif du territoire,
acteur de son destin, pose des problèmes de gouvernance territoriale.
Aussi, les capacités d’intervention
et d’action de l’Etat restent importantes pour ses missions relatives à
l’aménagement du territoire et pour éviter à ce que des territoires se
développement à outrance et d’autres se trouvant contraint à la
marginalisation. Malheureusement, les Etats tendent souvent à s’exonérer de
leurs responsabilités en mettant en avant la mondialisation de l’économie et
l’incapacité de contrecarrer ses effets au risque de nuire à la compétitivité
économique.
Les Etats préfèrent laisser jouer les
tendances et les mécanismes d’implantation plutôt que de les infléchir puisque
les agents économiques décident selon leurs intérêts de rentabilité qui est
souvent assuré dans les grandes agglomérations. Cette situation peut entraîner
une dualisation avec des zones insérées dans l’économie internationale et des
zones vivant à l’abri des enjeux de productivité et de rentabilité.
En
somme, si la globalisation affecte le pouvoir régulateur des Etats, un mode
adéquat de gouvernance mondiale est indispensable pour contrecarrer cette
tendance malheureuse, celle de laisser des populations et des territoires
s’appauvrir et se marginaliser au nom de la liberté du commerce. Mais, les
politiques publiques nationales ne doivent céder et s’effacer totalement devant
l’hégémonie de cette mondialisation. Les différences niveaux (local, national
et mondial) doivent coexister durablement pour rendre cette mondialisation plus
équitable
LA SPECIALISATION INTERNATIONALE : ENSEIGNEMENTS
THEORIQUES
L’internationalisation
des économies est un phénomène général et nécessaire : général, car toutes
les nations participent à l’échange international quelles que soient leur
dimension ou leur régime économique ; nécessaire, car aucun pays ne peut
disposer de toutes les ressources naturelles, humaines et techniques
nécessaires à la production des biens et
de services souhaités par les consommateurs.
Cette
ouverture des économies sur l’extérieur apparaît croissante dans le temps et
dans l’espace. Si l’on suit l’évolution d’une économie dans le temps, l’on
s’aperçoit que le taux d’ouverture, mesuré par le rapport entre la valeur des
exportations ou des importations (ou d’une moyenne des deux) et la valeur du
Produit Intérieur Brut, augmente presque systématiquement au cours des trente
ou quarante dernières années pour la majorité des pays développés et ceux en
développement.
La
forte ouverture de la plupart des pays en voie de développement ne peut être
considérée comme le signe d’une dépendance particulière vis-à-vis de
l’extérieur, mais comme, au moins en partie, une caractéristique normale liée à
leur stade de développement économique.
L’ouverture
d’une économie à l’extérieur peut engendrer des effets différents selon les
caractéristiques des nations concernées : les effets peuvent être étudiés
au niveau des relations et agrégats macroéconomiques, puis au niveau
qualitatif, celui de la spécialisation internationale d’un pays.
On
dira d’un pays qu’il est spécialisé dans une production s’il exporte une partie
relativement importante de la production de ce bien ; il sera déspécialisé
si une partie relativement importante de la consommation domestique d’un pays
est satisfaite à partir des importations. Ce critère n’est pas sans poser
problème aujourd’hui, dans la mesure où la plupart des pays sont à la fois
importateurs et exportateurs de la même catégorie de produits.
Pour
mesurer le degré de spécialisation d’un pays, l’on convient de construire un
indice de la spécialisation prenant en compte à la fois les importations et les
exportations, c’est-à-dire fondé plus ou moins explicitement sur la valeur du
taux de couverture par produit (rapport entre la valeur des exportations et la
valeur des importations). Toutefois, ce qui plus intéressant, c’est l’analyse
des effets de la qualité de la spécialisation internationale sur le gain qu’un
pays peut tirer de son ouverture à l’extérieur.
La
spécialisation internationale engendre une réallocation du travail dans le
secteur pour lequel le pays a un avantage comparatif. Dans la mesure où chaque
pays se spécialise dans le produit qu’il sait le mieux faire, un gain global en
résulte du fait de la meilleure allocation mondiale des activités. Cependant sa
répartition ne va plus dépendre uniquement des conditions de l’offre de
production, la demande doit également être prise en compte.
Ainsi,
pour plusieurs auteurs traitant du commerce international, l’ouverture à
l’extérieur implique toujours un gain réel et un gain en bien-être pour une
nation, par rapport à l’autarcie : chaque pays en effet pourra exploiter
ses avantages comparatifs, et augmenter ainsi la quantité de biens disponibles
sur son territoire, pour un effort productif donné ; l’évolution dans le
temps de ce gain statique de l’ouverture dépendra de la flexibilité des
structures économiques du pays, qui s’adapteront et anticiperont ou non les
variations de la demande nationale et internationale : un gain dynamique
pourra apparaître et renforcer systématiquement l’avantage initial, ou des
pertes dynamiques viendront progressivement réduire le gain initial : les
choix de stratégie de firmes, l’innovation, les structures d’épargne et
d’investissement auront donc autant d’importance que les dotations initiales en
ressources naturelles, humaines et techniques.
A/ LE MODELE
CLASSIQUE
Pour les mercantilistes, le commerce
international n’est profitable que pour le ou les pays qui réussissent à
obtenir des surplus à l’exportation, augmentant ainsi leurs recettes en devises
étrangères ou en or et enrichissant de ce fait le pays. Ce que gagne un pays
est perdu par l’autre (jeu à somme nulle).
Pour Adam Smith, dans la Richesse des
Nations (1976) : les échanges volontaires entre deux pays profitent à
chaque partenaire sans pour autant qu’il soit nécessaire pour l’un d’avoir un
surplus de sa balance (jeux à somme nulle) : c’est la notion d’avantage absolu.
Adam Smith fonde les échanges internationaux sur des avantages absolus de coût
(un pays exporte s’il produit moins cher que les autres). Cette analyse
comporte une limite évidente : une nation ne disposant d’aucun avantage
absolu ne peut participer au commerce international.
Lorsque Adam Smith soutient qu’il vaut mieux acheter à l’étranger ce
qu’il coûterait plus cher de produire chez soi, il énonce un précepte évident
d’économie privée, en vertu de son postulat de la concordance de l’intérêt
général et de l’avantage privée. La norme de libre-échange est ainsi fondée
intuitivement, alors que la démonstration rigoureuse en fait défaut. Ce seront
les successeurs d’Adam Smith, principalement Ricardo et Jean Stuart Mill, qui
en expliciteront le bien fondé.
Bien que Robert Torrens semble avoir le premier, en 1815,
à énoncer le principe des coûts comparatifs, celui-ci a traditionnellement été
associé au nom de Ricardo, qui le suggère dans ses Principes d’économie
politique et de l’impôt (1817). L’idée nouvelle introduite par Ricardo réside
dans ce principe de l’avantage comparatif : chaque pays a intérêt à se
spécialiser dans la production du bien pour lequel il détient l’avantage
comparatif le plus élevé ou le désavantage comparatif le plus faible. La
théorie ricardienne fournit simultanément une explication de la composition du
commerce international et une démonstration des gains de l’échange entraînés
par l’ouverture des frontières.
Pour David Ricardo (1817) et Torrens, même
un pays qui n’a pas d’avantage absolu peut participer à l’échange et obtenir un
gain, pour lui comme pour ses partenaires. C’est la notion d’avantages
comparatifs. Torrens et Ricardo ont démontré que la spécialisation et l’échange
international devaient être basés sur les avantages comparatifs. La théorie
classique de l’échange international s’est affirmée en différenciant les
avantages comparatifs des avantages absolus et en établissant que tout pays
pouvait obtenir un gain à l’échange.
Torrens et surtout Ricardo ont mis en lumière le gain de la
spécialisation appropriée. Chez les deux auteurs, le problème en est un
d’affectation des ressources nationales (travail, capital et terre) entre deux
secteurs, en fonction des possibilités d’échange international. Ces auteurs
comparent le taux de transformation interne au prix externe (termes de
l’échange). Lorsque les ressources nationales sont appliquées là où leur
rendement (exprimé en termes d’un bien quelconque) est le plus élevé,
l’avantage national est maximisé.
La spécialisation internationale engendre une réallocation du travail
dans le secteur pour lequel le pays a un avantage comparatif. Dans la mesure où
chaque pays se spécialise dans le produit qu’il sait le mieux faire, un gain
global en résulte du fait de la meilleure allocation mondiale des activités.
Cependant, sa répartition ne va plus dépendre uniquement des conditions de
l’offre de production, la demande doit également être prise en compte.
Le modèle des
avantages comparatifs est intégré par certains auteurs néo-classiques dans une
perspective d’équilibre général où l’offre et la demande des biens, ainsi que
les prix et les salaires, ont chacun un rôle à jouer.
Les avantages comparatifs des pays peuvent donc être réexaminés en
termes de coûts d’opportunité. Le coût d’opportunité d’un produit i sera alors
représenté par le montant du bien j qui doit être abandonné, pour dégager assez
de ressources afin de fabriquer une unité supplémentaire du bien i. Les
consommateurs n’examinent pas les coûts comparatifs avant d’acheter des
produits nationaux ou étrangers, mais ils comparent les prix d’un même bien
fabriqué chez eux et fabriqué ailleurs. Il est alors important d’étudier la
relation entre les coûts comparatifs et les prix de marché ; c’est dans ce
contexte que les différences de productivités, de salaires et les taux de
change vont jouer.
Des tests en France (Guinchard (1984), Mazier (1988)) soulignent
également le rôle des coûts comparatifs sur les spécialisations relatives, en
indiquant l’importance relative d’avantages hors-coûts comparatifs dans la
spécialisation. C’est le cas du tourisme dont certains produits et services
(culture, attraits naturels…) exigent moins de travail ou de capital.
Néanmoins, bien que certains produits et services touristiques ne nécessitent
pas trop de travail et de capital pour les mettre à la disposition des
touristes, tels un paysage ou un monument historique, un minimum d’aménagement,
de protection et de conservation s’avère plus nécessaire.
L’étude des gains à l’échange a été complétée notamment par Stuart Mill
(1848) en intégrant la demande mondiale dans l’analyse. Le gain réalisé par un
pays de son commerce extérieur sera d’autant plus grand que les termes de
l’échange seront plus différents du prix intérieur en cas d’autarcie. Ainsi, il
est expliqué que les termes de l’échange sont déterminés par un mécanisme
d’offre et de demande.
Stuart Mill fut le premier à développer l’idée que la demande joue un
rôle fondamental dans l’établissement du prix international comme dans le
partage du gain. Un pays aura d’autant plus de chance de gagner de façon
importante à l’échange international que les produits pour lesquels il a un
avantage comparatif sont fortement demandés. Stuart Mill avait fait remarquer
que les pays riches gagnent le moins d’un volume donné de commerce extérieur.
Leur demande élevée influence, en effet, les termes de l’échange en leur
défaveur.
L’on peut ainsi présumer qu’un grand pays gagne relativement moins de
l’échange international qu’un petit pays. Les petits pays étant plus dépendants
du commerce extérieur, en raison de la moindre diversité de leurs ressources et
de l’exiguïté de leur marché intérieur ; l’autarcie leur est beaucoup plus
dommageable. Le libre-échange entre petits et grands pays aurait tendance à
faire se rapprocher les termes d’échange des prix d’autarcie des grands pays,
plutôt que l’inverse.
En pouvant commercer à des prix proches des prix d’autarcie de grands
partenaires, les petits pays s’accaparent de presque l’entièreté du bénéfice de
l’échange. En d’autres termes, l’autarcie est plus dommageable aux petits pays
qu’aux grands. Toutes les nations, quelle que soit leurs tailles, ont intérêt à
échanger et que leurs situations s’améliorent en passant de l’autarcie à
l’économie ouverte.
S’il est démontré que la spécialisation appropriée augmente la masse
des richesses tangibles, en augmentant la productivité conjointe des ressources
de deux pays, il reste à montrer que le commerce peut augmenter le bien-être
des échangistes sans modifier les quantités produites. Il s’agit alors d’une
création d’utilités et non plus d’une création de produits au sens physique.
Supposons que les ressources dans chaque pays ne puissent être
réaménagées, pour une raison quelconque, y aurait-il alors quand même avantage
pour les pays à ouvrir leurs frontières et à permettre l’échange libre ?
L’hypothèse de
rendements marginaux décroissants implique que l’augmentation de la production
d’un bien ne peut se faire qu’au prix du sacrifice de doses croissantes de
l’autre bien.
Les économistes auraient eu moins de mal à convaincre les hommes
politiques et le public de l’avantage du libre-échange, si chacun avait pu être
assuré d’obtenir une part du gain de l’échange et de la spécialisation
appropriée. En réalité, ce gain collectif échoit fort inégalement aux
différents groupes de la population. Il peut même être associé à des pertes
pour certains secteurs, certaines régions, certaines catégories de la
population.
En Suède, Kant Wicksell, concernant les effets sociaux du commerce
international, écrivait en 1924 que le libre-échange généralisé pourrait
résulter en un paradoxe social selon lequel, d’une part, l’efficacité totale du
travail augmenterait considérablement, à cause du progrès technique, tandis que
la productivité marginale du travail, et, dès lors, le salaire pour le travail
non qualifié, tomberait très bas, peut être même en dessous du minimum vital.
Face au discours libre-échangiste forgé par l’économie politique
classique, s’ébauche, dès le milieu du XIXe siècle, un
contre-discours, qui met en avant les effets négatifs de la concurrence entre
nations de niveaux de développement inégaux et plaide pour une intervention
active de l’Etat en faveur des industries naissantes. Les thèses mercantilistes
sont réactualisées dans le contexte d’une Europe bouleversée par la révolution
industrielle, phénomène qui peut engendrer des écarts de développement entre
les nations. Ce néo-mercantilisme
s’épanouit à partir des années 1870 dans les trois nations – Etats-Unis, Japon,
Allemagne – qui ont une grande influence sur l’économie mondiale.
C’est dans l’Allemagne morcelée que la contestation du discours libéral
trouve son expression théorique la plus vigoureuse, à travers l’apport de Friedrich
List qui a publié en 1840 son célèbre ouvrage Système national de
l’économie politique. Partisan d’une industrialisation fondée sur
l’élargissement et la protection du marché intérieur, List montre l nécessité
d’un protectionnisme éducateur. Selon List, une nation doit
d’abord développer ses capacités productives avant d’affronter la concurrence
internationale. Cette capacité réside dans l’aptitude à transformer les
produits et à créer de la valeur ajoutée, et non à exploiter uniquement ce que
la nature offre comme dons. L’industrie est donc la base de la puissance
économique des nations et son essor exige l’intervention et la protection de
l’Etat.
Au monde homogène évoqué par l’approche classique, d’où les enjeux de
puissance semblent absents, où l’harmonie règne entre les nations
co-échangistes, List oppose une vision une vision plus réaliste où puissance
politique et richesse économique se conditionnent l’une l’autre. Certes, List
n’écarte pas l’hypothèse que le libre échange puisse conduire à un
accroissement du bien-être de toutes les nations, mais cette situation ne peut
se produire, selon l’auteur, que dans le cas où les niveaux de développement
des différentes nations seraient égaux. A ce titre, le libre-échange entre des
pays à niveaux de développement inégal peut creuser davantage les écarts entre
pays forts et pays faibles. En ce sens, le nationalisme de List peut se
comprendre comme une politique défensive sur le plan extérieur.
B/
DOTATIONS FACTORIELLES ET SPECIALISATION INTERNATIONALE
THEOREME
(HOS)
La relation entre le commerce extérieur et la répartition avait été
examinée systématiquement par l’économiste suédois Eli Heckscher
en 1919 dans un article intitulé : « Les effets du commerce
international sur la distribution du revenu ». C’est lui qui, le premier
avança la proposition que le commerce extérieur égalise la rareté des facteurs
de production d’un pays à l’autre. Cette thèse fut ensuite exposée d’une
manière plus discursive par Bertil Ohlin, en 1933 dans son livre
sur le commerce inter-régional et international. Constatant que chaque pays est
doté diversement en facteurs de production de différentes catégories, les prix
d’équilibre de ces facteurs seront naturellement plus ou moins divergents d’un
pays à l’autre, en régime d’autarcie.
En autarcie, les facteurs relativement abondants (comparativement à
l’étranger) seraient dépréciés ; les facteurs relativement rares seraient
chers. Il y aurait à la fois divergence des prix des produits et de ceux de
facteurs en autarcie. Les produits incorporant relativement beaucoup de
facteurs abondants seraient relativement bon marché, alors que ceux incorporant
des facteurs rares seraient relativement chers. Ainsi, le libre échange tend à
égaliser les prix des produits, d’un pays à l’autre. Les prix nationaux
convergent vers un prix international qui égaliserait les offres et demandes
totales.
L’avantage conjoint et de chacun des pays dans cette égalisation des
prix relatifs des produits sera réparti entre les catégories de facteurs dans
chaque pays, d’une manière qui sera non seulement inégale, mais qui pourrait
même comporter des effets négatifs pour certains. La hausse des prix des
produits incorporant des facteurs relativement abondants entraînera les prix de
ceux-ci à la hausse, alors que la baisse des prix des produits faisant appel
aux facteurs rares provoquera la baisse de ceux-ci.
Pour Bertil Ohlin les effets du commerce consistent en une égalisation
des prix des produits et une tendance à l’égalisation des prix des facteurs de
production. Selon le théorème d’Heckscher-Ohlin, la composition du commerce
international y est expliquée à partir d’un nouveau concept, celui d’abondance
relative d’un facteur de production, qui va être à l’origine de l’avantage
comparatif. Chaque pays a une production orientée vers le bien qui utilise de
manière intensive le facteur dont il est doté et il tend à l’exploiter.
En 1948, P.A.Samuelson écrit que non seulement
l’égalisation des prix des facteurs est possible et probable, mais dans un
large éventail de circonstances elle est inévitable.
La coutume a
imposé d’accoler les noms d’Heckscher, Ohlin et Samuelson pour construire ce
qui est « la théorie HOS ». Cet ordre alphabétique correspond à la
chronologie des écrits de ces trois auteurs.
La théorie des dotations factorielles fournit une explication de la
spécialisation internationale des pays à partir du déterminant des différences
internationales relatives des dotations en facteurs de production de chaque
pays. Les différences quantitatives des facteurs de production entre les pays
sont considérées comme la cause principale des échanges internationaux. Les principales hypothèses de la théorie des
dotations factorielles sont très restrictives. Elles correspondent aux
caractéristiques du marché de concurrence pure et parfaite où il n’existe aucun
obstacle aux échanges internationaux tels que les barrières douanières ou les
restrictions de change.
Le déterminant principal de l’échange réside dans l’existence d’une
différence entre les prix relatifs intérieurs de chacun des pays en situation
d’isolement. Cette différence de prix relatifs des produits touristiques entre
les deux pays ne peut provenir que d’une différence dans les dotations
relatives de facteurs entre eux. Le prix relatif d’un produit intensif, par
exemple en travail étant moins élevé dans le pays où ce facteur est
relativement abondant et inversement.
Dès lors, le théorème HOS peut s’énoncer de la façon suivante : un
pays disposera d’un avantage comparatif dans la production du bien qui
utilisera le plus intensément le facteur pour lequel il a une abondance
relative. Il exportera ce bien et importera le bien intensif dans le facteur de
production pour lequel il est le moins bien doté. L’origine de cet avantage et
de cette spécialisation internationale provient du fait que la production du
bien exporté utilise une plus grande quantité de facteurs productifs dont le
pays dispose en relative abondance.
Alors que dans le modèle de Ricardo, on pouvait penser que les
différences de savoir-faire, c’est-à-dire, en fait, les différences de
technologie étaient à la base des échanges internationaux ; dans le modèle
HOS, ce sont les différences de dotations de facteurs de production entre les
pays qui vont être déterminantes. Les différences de dotations de facteurs de
production, essentiellement de capital et de travail, vont d’abord caractériser
les structures économiques de chaque pays par l’intermédiaire des prix relatifs
autarciques qui seront différents, puis elles vont être à la source des
spécialisations et des échanges.
Les pays vont se caractériser par leurs différences de dotations
factorielles. Ils sont supposés connaître les mêmes technologies, c’est-à-dire
l’ensemble des techniques possibles pour fabriquer les produits ; en
termes techniques, cela signifie qu’ils ont la même fonction de production pour
chaque bien. Ils se différencient alors par leurs dotations respectives qui
leurs permettent de produire plus ou moins de biens.
Lorsque le prix d’un produit augmente, cela accroît la rémunération du
facteur qui est intensif dans la fabrication de ce bien et diminue la
rémunération de l’autre facteur. La croissance d’un facteur de production
entraîne, à prix constants, l’augmentation de la production du bien intensif
dans ce facteur et la diminution de l’autre bien. L’effet d’amplification
engendre une variation des productions plus forte que celle des facteurs.
A l’ouverture de l’échange, les pays vont se spécialiser dans les
produits pour lesquels ils ont un avantage comparatif. La spécialisation
internationale va engendrer des modifications dans les productions et dans les
consommations et va créer des flux d’échange international. Ces phénomènes vont
entraîner à leur tour des conséquences, en termes de gains à l’échange et de
rémunérations des facteurs de production.
Les bases de la spécialisation vont résider dans les différences de
dotations factorielles. A l’ouverture de l’échange, des flux d’exportations et
d’importations de produits s’effectuent et l’établissement de l’équilibre
international va de pair avec l’existence d’un rapport de prix international
d’équilibre.
Un pays aura un avantage comparatif dans le produit intensif dans le
facteur pour lequel il est relativement abondant. Ce produit sera un
exportable. Inversement, ce pays aura un désavantage comparatif dans le produit
intensif dans le facteur pour lequel il est relativement peu abondant, le
produit sera alors un bien importable.
En échangeant des produits, les pays échangent les contenus en facteurs
de production de ces produits. Cette caractéristique va engendrer une tendance
à l’égalisation des rémunérations factorielles. Le commerce permet aussi de se
procurer moins cher à l’étranger ce que l’on devrait fabriquer soi-même, ce qui
entraîne un gain à l’échange international.
L’échange
entraîne l’établissement d’un prix international unique et par conséquent
aboutit à l’égalisation des revenus de facteurs entre les pays partenaires.
L’échange de produits, aboutit alors au même résultat que s’il y avait eu
échange de facteurs de production.
L’égalisation complète des rémunérations dépend d’un certain nombre
d’hypothèses qui sont loin d’être vérifiées dans la réalité. Cette égalisation
repose sur la complète convergence des prix internationaux des biens. Dans la
réalité, les prix des biens ne sont pas complètement égalisés par l’échange international,
dans la mesure où le parfait libre-échange existe rarement. De nombreux
obstacles, droits de douane, quotas et autres mesures protectionnistes gênent
les échanges ; par ailleurs, le coût du transport international est loin
d’être nul.
On doit noter également que si les dotations relatives de facteurs
entre les pays partenaires sont trop éloignées les unes des autres,
l’établissement d’un prix international unique ne sera pas possible et
empêchera de ce fait l’égalisation des rémunérations de facteurs. Enfin, si les
facteurs de production ne sont pas parfaitement mobiles entre les secteurs, il
ne pourra y avoir qu’un rapprochement des rémunérations internationales, mais
pas une égalité. Ceci a été démontré par P. A. Samuelson (1971), dans le cadre
d’un modèle à facteurs spécifiques.
L’échange international et la spécialisation modifient la répartition
du revenu national entre les détenteurs des différents facteurs de production.
Lorsque l’on prend des groupes d’individus ne possédant qu’un seul facteur de
production, le théorème de Stolper-Samuelson peut s’appliquer
pour étudier ces modifications, dans la mesure où l’échange modifie les prix
relatifs des produits.
Ainsi, un pays abondant en travail va produire le bien intensif en
travail à faible prix, l’ouverture à l’échange va engendrer une spécialisation
dans ce produit, une augmentation du prix de ce produit et un accroissement de
la demande de travail pour le produire. La rémunération du travail va
augmenter, celle du capital baisser.
Le résultat
général est le suivant : l’ouverture à l’échange détériore la rémunération
des détenteurs du facteur rare dans l’économie, c’est-à-dire celui qui est
intensif dans le produit pour lequel le pays a un désavantage comparatif.
Il y a de ce fait antagonisme d’intérêts entre les différents
détenteurs de facteurs. Ceux détenant le facteur rare comme le travail dans un
pays abondant en capital, seront opposés à l’ouverture à l’échange dans la
mesure où celle-ci les pénalisera et vice versa. Le gain national à la
spécialisation étant positif, il restera alors à l’Etat à indemniser ceux qui
pâtissent de l’ouverture internationale, en redistribuant ce gain.
L’approche en termes de dotations factorielles a une parenté certaine
avec celle de Ricardo mais elle en diffère par les explications de l’origine de
l’avantage comparatif (simplement constaté chez Ricardo) et par la théorie de
la production qui la sous-tend puisque sont introduits deux facteurs de
production substituables. En dépit de leurs originalités et de leurs
particularités, les auteurs ont tendance à regrouper la théorie ricardienne et
celle connue sous l’abréviation d’HOS en tant que théories fondées sur les
différences internationales de coûts.
Les théories traditionnelles reposent sur une démarche commune :
les nations diffèrent entre elles, selon des critères propres à chacune des
approches : dans la version ricardienne, ce sont les techniques de
production qui diffèrent, alors que dans la version HOS, ce sont les dotations
relatives en facteurs de production.
Cette différence entre nations est fondamentale, puisque c’est elle qui
est à l’origine de l’échange. Il existe alors un avantage comparatif qui
conduit chaque nation à se spécialiser dans la production du bien qu’elle peut
obtenir relativement plus efficacement que l’autre.
Si la
spécialisation se fait selon ce principe et si les nations entrent dans
l’échange, elles peuvent alors simultanément gagner aux échanges.
Il existe donc une complémentarité entre la définition de la nation et
le principe des avantages comparatifs. Dans les théories traditionnelles, les
flux d’échanges entre les nations sont le reflet des avantages comparatifs
qu’elles possèdent. Dans la théorie ricardienne, l’hypothèse d’immobilité
internationale des capitaux est fondamentale pour donner un contenu économique
à la nation.
L’analyse HOS repose sur une définition de la nation de même nature.
Dans ce contexte, la nation est définie comme « un bloc de facteurs de
production » qui ne peuvent se déplacer entre les nations. L’approche HOS
a une parenté certaine avec celle de Ricardo mais elle en diffère par les
explications de l’origine de l’avantage comparatif (simplement constaté chez
Ricardo) et par la théorie de la production qui la sous-tend puisque sont
introduits deux facteurs de production substituables.
En dépit de leurs originalités et de leurs particularités, les auteurs
ont tendance à regrouper la théorie ricardienne et celle connue sous
l’abréviation HOS en tant que théories fondées sur les différences internationales
de coûts. Les théories traditionnelles reposent sur une démarche commune :
les nations diffèrent entre elles, selon des critères propres à chacune des
approches :
Dans la version ricardienne, ce sont les techniques de production qui
diffèrent, alors que dans la version HOS, ce sont les dotations en facteurs de
production. Cette différence entre nations est fondamentale, puisque qui est à
l’origine de l’échange. Il existe alors un avantage comparatif qui conduit
chaque nation à se spécialiser dans la production du bien qu’elle peut obtenir
relativement plus efficacement que l’autre.
Si la spécialisation se fait selon ce principe et si les nations
entrent dans l’échange, elles peuvent alors simultanément gagner aux échanges.
Il existe alors une complémentarité entre la définition de la nation et le
principe des avantages comparatifs. Dans les théories traditionnelles, les flux
d’échanges entre les nations sont le reflet des avantages comparatifs qu’elles
possèdent.
Dans la théorie ricardienne, l’hypothèse d’immobilité internationale
des capitaux est fondamentale pour donner un contenu économique à la nation.
L’analyse HOS repose sur une définition de la nation de même nature. Dans ce
contexte, la nation est définie comme un « bloc de facteurs de production »
qui ne peuvent se déplacer entre les nations.
Les théories traditionnelles du commerce international reposent sur la
définition d’un « macro-agent » particulier, la nation, qui ne peut
être relié aux agents individuels : à chaque nation sont associées des
caractéristiques particuliers qui permettent d’expliquer quels sont les biens
produits et donc quels sont les biens exportés, d’une part (ceux qui sont
produits au-delà de la demande nationale) et quels sont les biens importés,
d’autre part (ceux qui sont demandés par les consommateurs mais dans la
production est abandonnée). C’est là l’enjeu de l’explication de la
spécialisation internationale.
Les tentatives de vérification empirique des théories traditionnelles
sont généralement inadéquates pour rendre compte de la réalité du commerce
international ; les flux commerciaux enregistrés ne peuvent être expliqués
par les avantages comparatifs des nations.
Le caractère
simplificateur de toute théorie rend la confrontation de celle-ci à la réalité
toujours délicate et pleine d’embûches. Aussi, est –il facile de lancer des
défis à des théories dont les hypothèses sont quelque peu restrictives.
C’est ainsi que la théorie HOS selon laquelle chaque pays tend à
concentrer ses activités dans les secteurs qui font appel d’une façon
relativement intensive aux facteurs comparativement abondants dans ce pays, fut
l’objet d’un test statistique aux Etats-Unis, de la part de W. Leontief dans un
article paru en 1953 et 1956. Les Etats-Unis sont, selon l’opinion courante,
relativement biens pourvus en capital, et le travail y serait le facteur de
production relativement rare.
Ce pays devrait donc normalement se spécialiser dans les produits qui
font appel au capital d’une manière relativement intensive, et importer des
produits riches en travail. Or, paradoxalement, ceci ne serait pas d’emblée
confirmé par les statistiques.
Dans sa tentative
de vérification de la validité des propositions de la théorie HOS par le
commerce international, Wassily Leontief a obtenu des résultats contraires à la
théorie. Ce résultat est connu sous le nom de « paradoxe de
Leontief ».
Selon la théorie HOS, on s’attend à ce que les exportations seraient
composées de biens intensifs en Capital et à ce que les importations portent
sur des marchandises ayant une forte intensité en travail ; or, les
Etats-Unis exportent des biens incorporant plus de travail que de capital. Le
paradoxe de Leontief va être à l’origine d’une réflexion approfondie sur la
nature des facteurs de production.
Dans son interprétation des résultats, Leontief propose de prendre en
compte l’hétérogénéité internationale du travail. La logique de cette démarche
conduit de raisonner sur les différences dans les qualifications des
travailleurs. Au lieu de considérer que les nations sont caractérisées par une
dotation en travail homogène, il est alors possible d’analyser les dotations en
différentes catégories de travail : peu qualifié, qualifié, fortement
qualifié. C’est ainsi qu’apparaît une nouvelle conception du commerce international
qui met l’accent sur le rôle joué par les innovations et sur les décalages
temporels dans l’apparition de ces innovations entre les nations.
La démarche a été critiquée sur certains points. Outre la controverse
sur la fiabilité des statistiques et de la période étudiée par Leontief,
certains auteurs soulignent que si la notion de capital n’inclut pas tous les
facteurs autres que le travail (ressources naturelles, aptitudes
entrepreunariales et administratives, etc.), les facteurs de production, en
termes de travail et de capital, proprement dit, sont hétérogènes d’un pays à
l’autre.
Pour cette raison, un même produit pourrait être relativement intense
en travail dans un pays, et relativement intense en capital dans un autre pays.
Il est significatif que Leontief n’ait pas analysé les caractéristiques
factorielles des produits importés, mais celles des produits nationaux
concurrents à ceux-là.
La théorie traditionnelle (classique
et néoclassique) du commerce international reposait sur des hypothèses
d’immobilité des facteurs de production, de concurrence pure et parfaite et de
rendements constants ou décroissants. Aucune de ces hypothèses n’est
empiriquement vérifiée. Le cadre réel du commerce international est à l’inverse
celui d’une mobilité croissante des facteurs de production et notamment du
facteur capital (tant dans sa forme financière que physique), de la concurrence
monopolistique et des rendements croissants.
C/
NOUVELLES THEORIES DU COMMERCE INTERNATIONAL
Toutefois, cette démarche a ouvert la voie à de nouvelles formulations
théoriques. Une nouvelle conception du commerce international va mettre
l’accent sur le rôle des innovations et du facteur technologique. Dans la
recherche des déterminants des échanges internationaux, l’accent va être mis
sur la recherche-développement (R&D) qui sont réalisés par les firmes et
les institutions publiques, et ses conséquences sur le progrès technique et les
innovations.
Cette théorie
apparaît au début des années soixante, elle trouve une de ses formes les plus
populaires dans le « cycle de vie du produit » exposé par Raymond
Vernon en 1966.
L’apport de Vernon réside dans la
spécification de la nature des innovations et la prise en compte de l’évolution
des conditions de production des biens.
Le cycle de vie
du produit est une notion ancienne, utilisé dans des études de marketing. Le
produit subit des phases au cours de son développement (naissance, croissance,
maturité sénescence) qui sont liées à la croissance de la production. Les
étapes sont liées à l’attitude des consommateurs face au produit mais aussi aux
conditions de production ; ces deux aspects contribuent à déterminer la
structure du secteur.
Ainsi, pour un nouveau produit qui apparaît comme un bien de luxe, la
demande est peu sensible au niveau du prix ; la production s’effectue en
courtes séries qui exigent un travail qualifié et une faible intensité en
capital ; le nombre de firmes est faible. Lors de la croissance, la
concurrence par le prix entre les firmes commence et les méthodes de production
de masse sont utilisées ; le nombre de firmes est alors important. Pendant
la phase de maturation, la concurrence repose sur les prix, la production se
fait en grande série avec un travail faiblement qualifié et une forte intensité
en capital ; le nombre de firmes diminue. Enfin, lors de la sénescence, la
production est progressivement abandonnée par toutes les firmes.
La reconnaissance du rôle joué par le facteur technologique conduit
donc à une rupture fondamentale avec la théorie traditionnelle. Les
implications de cette approche sont nombreuses ; l’une d’entre elles c’est
la place laissée dans ce schéma à l’intervention des pouvoirs publics dans la
détermination de la spécialisation internationale. Si les flux commerciaux
peuvent être expliqués par les dépenses de R&D, il s’ensuit que toute
politique publique ayant pour but de favoriser l’activité de
recherche-développement des firmes permet d’agir sur le volume des échanges
internationaux.
Ainsi, les politiques de formation permettent d’accroître le nombre de
personnes qualifiées, mais aussi les politiques de stimulation de la R&D,
par le biais d’avantages fiscaux, par l’intermédiaire d’organismes de
recherches publiques, ou encore par les incitations aux coopérations des firmes
dans des programmes de recherche et de qualification, doivent avoir comme
résultat l’apparition de nouveaux biens, à l’origine de nouveaux flux
commerciaux.
La nouvelle théorie du commerce international s’est développée depuis
la fin des années soixante-dix sur la base d’une critique de la théorie
traditionnelle, notamment l’approche HOS. La théorie traditionnelle a fait
l’objet, au fil du temps, de critiques et de remises en cause diverses sur de
nombreux points. Cependant, ces critiques sont restées marginales parce que
aucune théorie alternative incorporant de nouvelles hypothèses n’a pu être
construite.
En revanche, la nouvelle théorie développe une approche qui cherche à
rendre compte de phénomènes inexplicables par l’ancienne, et qui applique de
nouveaux instruments d’analyse. La théorie traditionnelle échoue à expliquer
les caractéristiques importantes des échanges internationaux contemporains.
L’étude des grandes tendances du commerce international contemporain fait
apparaître que l’essentiel du commerce international est réalisé entre les
nations les plus développées. Ces nations présentent des caractéristiques qui
conduisent à penser que les explications avancées par Ricardo ou par la théorie
HOS ne peuvent rendre compte de ces échanges.
Les théories traditionnelles, qui supposent que les biens échangés sont
homogènes, ne peuvent expliquer ces flux commerciaux. Pour expliquer les
échanges internationaux, la nouvelle théorie adopte une représentation des
économies nationales qui repose sur un ensemble d’hypothèses différentes ;
la différence fondamentale vient de ce que la théorie traditionnelle repose sur
la concurrence parfaite, alors que la nouvelle théorie adopte les concepts de
la concurrence imparfaite.
Les caractéristiques les plus importantes du nouveau cadre de référence
sont les suivantes : les marchés sont des oligopoles, la production se
fait avec des rendements d’échelle croissants, les produits offerts sont
différenciés, la concurrence entre les firmes peut reposer sur des
investissements dans la formation et la qualification des travailleurs. Selon
les auteurs, l’accent est mis sur une ou plusieurs de ces caractéristiques.
Les théories traditionnelles considèrent que les biens échangés sont
homogènes, conformément aux hypothèses de la concurrence parfaite. Cependant,
la théorie micro-économique a développé une hypothèse différente, celle de la
différenciation des produits.
Le principe de
base est le suivant : les produits des offreurs sur un marché donné ne
sont pas considérés comme parfaitement substituables par les consommateurs en
raison d’une différenciation subjective ou objective. Dans ces marchés, les
firmes rivales jouissent d’un certain pouvoir de monopole qui leur confère une
liberté de fixation des prix sans pour autant connaître une désaffection de
leur clientèle.
La différenciation des produits peut en effet donner lieu à deux types
de commerce international. Le premier résulte d’une différenciation
horizontale, c’est-à-dire lorsque les produits présentent la même qualité mais
sont distingués par les consommateurs en raison de leurs différences réelles ou
perçues.
Selon le type de production, les consommateurs d’un pays vont demander
des produits étrangers parce qu’ils ont un goût pour la variété ou bien parce
que les producteurs étrangers offrent des produits qui correspondent plus
précisément aux spécificités qu’ils demandent.
Le second relève
de la différenciation verticale, lorsque les consommateurs sont confrontés à
des produits qui ont des qualités différentes. Les consommateurs ayant des
revenus élevés demandent la qualité supérieure, alors que ceux à revenus
faibles sont intéressés par la qualité inférieure. La spécialisation
internationale s’explique alors par le niveau moyen de revenus des personnes et donc par le niveau de développement des
pays. La forme précise des échanges internationaux dépend des répartitions
nationales des revenus.
Le pays avec le revenu moyen le plus élevé se spécialise dans la
production de la qualité supérieure, celui avec le niveau de revenu le plus
faible dans la production de la qualité inférieure ; et il existe des
échanges internationaux de biens de qualités différentes.
L’abaissement des
prix dû au commerce international va avoir comme conséquence, la sortie du
marché des firmes produisant les qualités inférieures.
Paul Krugman, l’un des fondateurs de la
nouvelle théorie, met en évidence le rôle joué dans les échanges internationaux
par des secteurs qui sont analysés comme des oligopoles. Lorsque ce sont les
rendements croissants qui expliquent les échanges internationaux, le principe
des avantages comparatifs disparaît et l’analyse retourne aux avantages
absolus. Cette constatation fournit les germes d’une remise en cause radicale
des enseignements de l’économie internationale.
L’aboutissement de la démarche doit donc être de considérer qu’il
existe deux types de commerce international, une parie de ce commerce est
expliquée par les déterminants traditionnels liés aux caractéristiques des
nations et donc aux avantages comparatifs, l’autre par les économies d’échelle.
La seconde conséquence de la prise en compte des rendements croissants
est la modification radicale de la perspective par l’affirmation du rôle
décisif que peut jouer l’histoire dans la localisation des activités
économiques, industrielles en particulier. Dans ce cas des rendements
croissants, la date d’entrée dans la production des firmes d’un pays devient un
facteur essentiel pour expliquer la spécialisation internationale. Les premiers
pays entrés bénéficient d’un avantage qui ne peut jamais être rattrapé par
d’autres concurrents.
La spécialisation internationale devient alors un phénomène qui
s’explique par des considérations historiques qui ne peuvent pas nécessairement
être ramenées à des arguments rationnels. Il convient de préciser que, dans ce
cas, il peut exister une incitation forte des pouvoirs publics à favoriser
l’apparition de nouveaux produits de ce type sur leur territoire, à travers des
interventions en faveur de l’activité recherche-développement des firmes. En fait,
la nouveauté réelle des résultats théoriques avancés par la nouvelle théorie
est inégalement répartie selon les domaines considérés.
De manière relative, la nouvelle théorie du commerce international a
modifié de façon sensible la manière de raisonner qui caractérise les théories
traditionnelles. Les apports nouveaux sont véritables dans le domaine des
politiques commerciales et industrielles stratégiques, de l’analyse du commerce
international des produits différenciés, de l’explication de la multinationalisation
des firmes. En revanche, les tests empiriques résultant de la nouvelle théorie
rencontrent le même échec que la théorie traditionnelle.
En raison de ces insuffisances, Krugman a choisi depuis le début des
années quatre-vingt-dix de s’orienter progressivement vers un cadre d’analyse
nouveau, celui de la localisation des activités économiques et de l’intérêt des
études de l’économie régionale et de la géographie économique.
L’origine de cette nouvelle théorie peut être trouvée dans le rôle accordé
aux accidents de l’histoire qui font que la production d’un bien apparaît dans
un lieu déterminé et que des effets liés aux rendements croissants conduisent
au renforcement et à l’entretien de ce pôle. L’explication de la spécialisation
internationale par la localisation des activités économiques traduit un
changement de terrain par rapport aux théories du commerce international.
L’analyse développée par Krugman a pour ambition de comprendre pourquoi
l’activité économique n’apparaît pas en des lieux quelconques d’un territoire
national, mais, au contraire, se répartit en pôles fortement spécialisés. Des
localisations résultent de l’interaction de trois facteurs : les
rendements croissants, les coûts de transport, la demande. Le raisonnement est
alors le suivant : s’il existe des économies d’échelle suffisamment
fortes, les producteurs sont incités à approvisionner le marché national à
partir d’une localisation unique. Par ailleurs, pour minimiser les coûts de
transport, les firmes choisissent une localisation où la demande locale est
importante. Enfin, la demande locale est importante à l’endroit où la majorité
des producteurs a choisi de se localiser.
L’interaction des trois éléments permet de comprendre pourquoi, une
fois une localisation choisie, elle a tendance à être stable et à
s’autorenforcer. Le changement de perspective introduit par Krugman conduit à
poser que l’étude de ce qui se passe à l’intérieur des nations constitue la
meilleure manière pour comprendre le fonctionnement de l’économie internationale,
et que la spécialisation internationale ne peut être expliquée qu’à partir des
spécialisations locales.
Ce point est étranger aux théories du commerce international,
traditionnelles ou nouvelles, en raison de la conception de la nation retenue.
La constitution du macro-agent très particulier qu’est la nation conduit à
faire l’impasse sur ses composantes, qu’il s’agisse des agents économiques ou
des démembrements territoriaux des nations comme les régions.
Cette démarche a un sens lorsque l’un des présupposés de l’analyse est
que la spécialisation internationale est expliquée par les dotations relatives
en facteurs de production, comme c’est le cas dans la théorie HOS. Dans un
monde de rendements constants, les facteurs expliquant les localisations de
production au sein de l’espace national ne jouent aucun rôle. En revanche, la
reconnaissance du rôle des rendements croissants implique que les activités
économiques, si elles apparaissent par hasard, se développent ensuite en
s’autorenforçant.
La théorie traditionnelle ne
s’intéressait guère à la demande, ignorait la, monnaie et le temps historique,
excluait le progrès technique (supposé exogène) du champ de la concurrence,
s’opposait à toute intervention de l’Etat. Les approches contemporaines insistent
à l’inverse sur l’enjeu majeur d’une bonne adaptation des structures d’offre
aux tendances de la demande mondiale, sur l’importance des mouvements
monétaires dans l’évolution des conditions de la concurrence internationale,
sur le rôle essentiel de l’innovation et de l’investissement en
recherche-développement pour la compétitivité à long terme, sur la légitimité
et l’efficacité enfin de certaines interventions de l’Etat dans un contexte de
concurrence imparfaite et de rendements croissants.
L’existence de rendements croissants signifie que les
coûts unitaires sont d’autant plus faibles que l’échelle de la production est
élevée. Dans ces conditions, la spécialisation ne peut se déterminer sur la
base des comparaisons de niveaux de productivité qui seraient donnés, avant
même tout échange. Ce sont au contraire la spécialisation et l’échange qui
rendent possibles les économies d’échelle et déterminent les niveaux de
productivité. Deux pays dotés de facteurs de production identiques ont ainsi
intérêt à se spécialiser pour bénéficier de la taille accrue du marché offert à
chacun d’eux. Le choix de la spécialisation reste cependant indéterminé et
soumis aux luttes concurrentielles.
Cette conclusion prend totalement à contre-pied
l’approche traditionnelle de l’échange international. Elle introduit la
possibilité d’une évolution vers des structures de marché de moins en moins
concurrentielles. Dès lors en effet qu’une échelle de production plus grande
permet de réduire les coûts et donc d’accroître les profits, les entre prises
ont intérêt à tout mettre en oeuvre pour accroître leurs parts de marché en
éliminant ou en absorbant les concurrents plus fragiles financièrement, en
pratiquant des prix plus bas à l’exportation que sur le marché intérieur
(dumping), ou encore en bloquant la diffusion de leurs innovations (barrières à
l’entrée) de façon à jouir d’une situation de monopole.
A l’évidence, ces pratiques évoquent bien plus la réalité
actuelle du commerce international que ne le fait la théorie traditionnelle.
Loin d’exprimer une division rationnelle du travail exploitant au mieux les
capacités de chaque nation, l’échange international traduit pour une large part
la lutte des entreprises et des nations pour accroître leurs parts du marché et
du revenu mondial. Il n’est guère surprenant, dans ces conditions, que
l’échange intrabranche, expression de la concurrence pour les marchés les plus
lucratifs, en soit la forme dominante.
Au-delà des déterminants statiques (dotations naturelles
et factorielles) identifiés par la théorie classique, la spécialisation trouve
aujourd’hui son fondement dans l’innovation. Celle-ci peut porter sur les
produits ou sur les procédés de production. Il s’ensuit qu’il n’existe pas de
déterminisme de la spécialisation internationale, mais au contraire une
dynamique de celle-ci fondée sur la mise au point ou l’acquisition de nouvelles
technologies, ou le perfectionnement de technologies existantes, qui permettent
à toutes les nations de se fabriquer de nouveaux avantages comparatifs.
Cette reconnaissance du rôle décisif de l’innovation et
de l’existence de rendements croissants jette une lumière nouvelle sur le rôle
de l’État. La capacité des entre prises à innover est en effet fortement
conditionnée par leur environnement logistique, par les niveaux d’éducation et
de qualification de la population et par l’effort publique de
recherche-développement.
L’existence de structures de marchés imparfaites
encourage cependant les politiques commerciales agressives qui peuvent s’avérer
profitables non seulement pour l’entreprise, mais aussi pour le pays (création
d’emplois et de revenus). Le concept de politique commerciale stratégique,
proposé aux États-Unis par Paul Krugman, rend compte des efforts des États pour
aider les entreprises nationales à pénétrer les marchés oligopolistiques
caractérisés par l’existence de sur- profits et de fortes barrières à l’entrée,
ou encore pour aider les entre prises en position dominante sur ces marchés à
se protéger de la concurrence.
Réhabilitée au plan sectoriel, l’action de l’État
s’exerce en outre de façon cruciale à travers les politiques macroéconomiques
globales et leur impact sur les taux de change. Selon la théorie classique, les
taux de change tendent à égaliser les prix en devises des biens échangés par
les différentes nations (théorie de la parité des pouvoirs d’achat), évitant
ainsi que les conditions de la concurrence ne soient faussées. Pour séduisante
qu’elle soit, cette théorie est rarement vérifiée. Les amples fluctuations des
taux de change observées depuis le début des années 1970 ont pour conséquence
que les prix internationaux des marchandises fluctuent au jour le jour et sont
affectés d’un risque de change rarement négligeable.
L’optimum international résultant d’une spécialisation
rationnelle selon le principe des avantages comparatifs devient dans ces
conditions très aléatoire. Il devient en revanche tentant pour les
gouvernements de guider l’évolution de leurs taux de change de façon à
accroître les parts de marché des producteurs nationaux. Aux dévaluations
compétitives des années 1930 succèdent ainsi des pratiques de manipulation des
taux de change d’autant plus difficiles à contrer qu’elles sont difficiles à
prouver dans un contexte de flottement des monnaies.
Les économistes libéraux retrouvent ainsi l’occasion de
faire valoir l’un des arguments les plus décisifs en faveur du libre-échange, à
savoir que, pour légitime qu’elle puisse être dans certains cas, l’intervention
des États dans le jeu de la concurrence internationale risque fort d’entraîner
des mesures de rétorsion en chaîne qui peuvent se révéler désastreuses pour
l’économie mondiale.
